SABATIER, Benoit, Nous sommes jeunes, nous sommes fiers, La culture jeune d’Elvis à Myspace, Paris,Hachette littérature, Mars 2007.
2001. Alors que les deux tours sont sur leur cul et nous avec…la musique, elle, ne se laisse pas abattre : avec le premier album, les Strokes frappe un grand coup dans la fourmilière rock et Madonna nous fait un come-back magistral avec « music » disque composé par un artiste français oublié, Mirwais (ex membre de Taxi Girl, « Chercher le garçon »)
Ces deux évènements musicaux résonnent dans la tête de Benoît Sabatier. Le jeune journaliste travaille à l’époque pour le sympathique magazine Technikart, ses articles traitent des mouvements de la jeunesse et de leurs influences sur notre société. Il se lance alors dans l’écriture d’une brique passionnante (680 p) sur le parcours de la culture jeune. Son titre, « Nous sommes jeunes, nous sommes fiers », a été savamment choisi dans le répertoire de Taxi Girl, ben tiens ! Sabatier est particulièrement attaché à ce groupe car, selon lui, il représente l’itinéraire rock de la jeunesse française, le fil rouge des bleus…
Taxi Girl
Les deux leaders de Taxi Girl, Daniel Darc et Mirwais, sont nés pile poil quand le rock a fait son grand débarquement dans l’hexagone. Ils ont tout vécu, de la folk youpie yeah au punk glam le plus trash… Avec dans la balance, un penchant très dark pour Daniel (overdose, prison,…) Aujourd’hui réinventant le rock, l’un comme l’autre ont rebondit, c’est le chat de gouttière style (c’est dans l’obscurité que ces bestioles voient le mieux). Daniel, l’écorché vif, dans un registre chanson française engagée, Mirwais, l’hybride musical, aux côtés de la blonde la plus ambitieuse des States. Ils inspirent la jeunesse, la nouvelle scène française et les dj’s, ces deux-là ne seront jamais vieux…définitivement rock’n’roll.
Dans un style qui lui est propre (journalistique, rythmé, caustique et sérieusement documenté), Sabatier nous délivre l’histoire de la jeunesse au travers du prisme rock. Le sous-titre du livre, assez évocateur, « D’ Elvis à Myspace » prête à sourire. Le King of Memphis et notre grande communauté virtuelle, même combat ? Sabatier s’explique. Le concept de jeunesse en tant que masse politique et économique n’a pas toujours existé. C’est drôle à dire mais le jeune n’ a que 50 ans et des poussières.
Autour de l’année 54, le King et son légendaire déhanché déclenchent un raz-de-marée générationnel. Ils électrisent les foules, désanglent les mentalités. Véritable modèle pour la jeunesse du monde entier, Elvis crée l’émulation. A partir de là, la machine est en route : de nouvelles envies plein la tête, les jeunes définissent leur identité et marquent leur territoire politique. Zone d’échange libre, tout le monde en piste, ça va shaker. C’est l’après-guerre, bientôt la folie consommatrice… Y’a du remue-ménage, de la liberté dans l’air, du pognon à se faire.
Très vite, les Beatles reprennent le flambeau. Ils sont partout. Ils offrent à l’industrie musicale la chance unique de conquérir le monde sur de la musique pop. Culture jeune rime avec culture de masse, rime avec jackpot. Encore et toujours, le jeune sera la dernière marque à la mode, un label de coolitude.
Malgré la jeunesse et son génie, le rock perd son âme. Tout est intégré, récupéré ; la marge absorbée par la norme. Que ce soit la folk, le glam, le punk…chaque réinvention du rock, après avoir connu son succès underground, va peu à peu s’aseptiser, se banaliser en se répandant à la surface terrestre… Le livre est donc aussi mélancolique, il nous raconte la fin des avant-gardes, nous rappelle le piège de l’image, des modes, des tendances. Il refait en boucle l’équation anticonformisme = conformisme.
Ce constat intello-pessimiste est tellement bien amené, emballé dans du papier de soie, qu’on y adhère, qu’on en redemande… On meurt d’envie à la lecture des interviews, portraits et anecdotes en tout genre de passer des journées entières à redécouvrir ces artistes naphtaline d’avant-garde. Oui, sûrement aussi parce que ça fait bien, ça fait jeune cool, le rétro n’a que trop la côte… mais surtout parce que la musique reste un flux magique, apaisant, cathartique. Entre les dollars, y’aura toujours de l’espoir.
Vidéotour :
Elvis…mmmh, pour moi ca n’as pas pris une ride :
Un brin d’éducation : Taxi Girl « Paris », inévitablement ça a vieilli
Et maintenant le grand écart musical avec « Music » de la Madonne, déjà une oldies pour le jeun’s de 16 ans













29 juin. 2008 à 1:59
tres sympa cet article
7 nov. 2008 à 11:27
Merci pour l’article. J’adore ce musique. Merci Merci!
24 août. 2009 à 16:46
y en a que pour zermati dans ton livre..